| Ci-dessous se trouve ma biographie. C'est moi qui l'ai écrite.
Allongée dans son berceau, la fillette regardait tour à tour ces deux formes floues et mouvantes qui se pressaient autour d'elle. Deux formes qu'elle aimait déjà. La nouveau-née entendit comme une sorte de crissement, qui fut suivit par une mélodie. Une berceuse. Quelque chose fut posée à côté d'elle. C'était de cette chose que provenait cette mélodie. Elle sortit un gazouillement content. Oui, elle était contente d'entendre cette musique douce et envoûtante tout près de son oreille.
Un cri strident déchira cet instant de pur bonheur. Le bébé sentit quelque chose tomber sur ses lèvres. Cette chose était liquide, et avait un drôle de goût… Un goût immonde. Une forme floue se pencha à nouveau au-dessus d'elle. Cette forme avait du rouge dont ce qu'elle appellerait les gouttelettes tombait sur son front, sur ses lèvres. Et encore plus ce goût immonde. La nouveau-née poussa un hurlement et se mit à pleurer aussi fort qu'elle put. La berceuse, quant à elle, continuait de tourner.
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L'enfant avait à présent quelques mois. Elle reconnaissait celui qu'elle aimait, qui s'occupait d'elle. Un grand homme à la chevelure d'un noir de jais. C'était lui qui lui donnait le lait qu'elle aimait, lui qui la serrait dans ses bras. Elle l'aimait vraiment beaucoup. L'homme lui tendit quelque chose. Elle le regarda avec attention. Cette chose. Elle lui était familière. Il lui semblait l'avoir déjà vue quelque part. Elle entendit alors un crissement, qui laissa place à une mélodie. Une berceuse. Le cœur du bébé fit un bond. Elle ressentit ce qu'elle allait appeler peur, et se mit à pleurer.
L'homme ne comprit pas ce qu'il y avait. Ce bébé pleurait dès qu'il entendait la mélodie. Plusieurs fois il essaya, à chacune la fillette pleura.
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La petite avait maintenant six ans. Allongée sur son lit, elle feuilletait son livre d'image, essayant de déchiffrer les signes qu'elle voyait. Elle n'échoua pas complètement et reconnut un mot familier : Papa. C'était exactement comme ça qu'elle appelait celui qui prenait soin d'elle. « Yuki ! Viens ici, s'il te plaît. » La fillette sauta de son lit en entendant son Papa l'appeler. Lorsqu'elle arriva en bas, il lui tendit un objet. Elle l'observa un moment puis vit un petit moulinet qu'elle fit tourner sans un crissement. Lorsqu'elle le lâcha, une mélodie s'échappa de l'objet. Sans savoir pourquoi, Yuki prit peur et lâcha l'objet. Son Papa le ramassa, s'agenouilla devant elle. « Pourquoi as-tu si peur de ça ? » demanda-t-il en désignant l'objet. La fillette se mordilla le doigt, tendue à la vue de cette horreur, et répondit : « Ca me fait peur, et mal. »
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Ayant atteint ses dix ans, Yuki se vit de plus en plus passionnée des livres. Dès qu'elle avait acquis la capacité de déchiffrer les codes, elle avait littéralement plongé dans les livres. A présent, elle commençait à s'intéresser aux romans. A l'école, un bon nombre d'élèves étaient jaloux d'elle : elle était douée en cours, et ne faisait que le prouver chaque fois qu'elle levait la main pour répondre à une question. Les seules amies qu'elle avait était un groupe de pipelettes qui aimaient discuter ensembles ; hors, Yuki aimait s'asseoir sur un banc pour lire. Un élève qui l'avait visiblement bien remarqué en avait profité pour la surprendre et lui voler son livre, le lançant à ses copains dès que Yuki cherchait à la rattraper. Sous le coup de la colère, la fillette attrapa le bras de celui qui lui avait arraché le livre des mains et le serra par rage. L'enfant se retrouva gisant sur le sol, inconscient. Les autres jetèrent le livres par terre et s'approchèrent de leur copain tout en contournant la jeune fille qui se précipitait vers son ouvrage pour s'assurer s'il n'était abîmé. Avec colère, elle constata que des pages étaient froissées, que des traces de saleté en maculaient quelques-unes unes. Lorsqu'elle se redressa, son livre tenu contre sa poitrine, la fillette toisa les garçons et leur hurla sa colère. Alerté par le bruit, un surveillant accourra et tenta de calmer la fillette qui finit par ravaler sa rage tout en protestant que c'était la faute de ces gamins idiots et méchants.
Plus tard, elle se fit une amie qui, comme elle, n'était pas une pie bavarde. Elles se parlaient peu : leurs simples présences suffisaient. Cette fille se nommait Inas. Quelques fois, Yuki lui faisait partager les histoires qu'elle découvrait dans les livres. En retour, Inas lui montrait les dessins qu'elle faisait.
Un jour, Inas invita Yuki qui accepta d'un grand sourire et eut l'autorisation de son père. Inas lui montra alors son piano et lui joua un air qu'elle avait créé. « C'est magnifique…s'émerveilla Yuki. J'aimerais pouvoir jouer d'une si belle musique… -Toi aussi, tu as un magnifique talent caché, dit Inas. -Quoi ? -Chaque personne a un talent caché, un don que Dieu lui a offert. Ce talent, il peut être découvert très tôt, très tard… ou pas du tout. -Mon talent, c'est d'être douée en cours… fit Yuki d'un air déçu. -Mais non. Tout le monde peut être très fort en cours s'il le veut vraiment dès le début. Ca s'acquiert. Moi, je parle d'un don inné que tu as reçu à ta naissance. » Yuki médita sur ces dires. Un talent caché, un don ? Peut-être… Si c'était le cas, il serait bien qu'elle le découvre vite.
« Eh ! Tu vois celle-là ? Elle est folle ! » Yuki ignora cette remarque qu'un idiot de son âge fit à un petit. Ils mettaient des sornettes dans la tête des petits simplement pour embêter la prétendue folle. Mais elle ne laisserait pas avoir. Et s'il le fallait, elle recommencerait son cou de la dernière fois. Sans vraiment savoir comment, elle avait assommé l'idiot dont elle avait serré le bras. Elle avait entendu dire que, d'après les médecins, il semblait avoir reçu… une décharge électrique. Ce qui aurait pu se révéler dangereux si la décharge avait été un peu plus puissante. Bien fait pour lui ! Il n'avait qu'à se tenir tranquille.
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Yuki faisait son entrée au collège. Après une réunion interminable à laquelle elle assista avec tous les nouveaux sixièmes et leurs parents qui écoutaient les dires du principal et des professeurs, elle put enfin commencer ses cours. Elle avait rapidement constaté qu'elle n'était pas dans la même classe que Inas. Mais cela ne changerait rien : elles se verraient pendant la récréation. Quand vint la pause de dix heures et demi, elles se retrouvèrent et parlèrent un peu de leur nouvelle classe. Inas disait avoir atterri dans une classe qui n'avait pas l'air trop mal. Ce n'était pas le cas de Yuki qui, par malheur, était avec deux de ses persécuteurs qui se firent rapidement un troisième ami.
Dans cet endroit que Yuki appela rapidement enfer, les insultes et moqueries ne manquaient pas. Beaucoup durent très vite au courant de l'agression de la jeune fille. A nouveau, les « conne », « folle », « moche », fusèrent de tous les côtés. La collégienne les ignorait tous, préférant pleurer chez elle quand personne, pas même son père, ne la voyait. Mais ça ne s'arrêta pas là : on commença à la bombarder de gommes pendant les cours, de cailloux pendant les récréations. Elle alla jusqu'à se plaindre à un professeur, et « balance » fut ajouté à la liste des insultes qu'elle recevait quotidiennement.
Inas finit par se faire une amie dans sa classe et s'éloigna petit à petit de Yuki. « Je suis désolée, elle ne veut pas rester avec toi… » Ce fut l'argument qu'elle employa plusieurs fois avant de rompre complètement ce lien qui était si fort seulement quelques mois auparavant.
Pendant tout ce temps, Yuki avait tenu bon. A cause de cette rupture, elle craqua. Le premier caillou qui suivit cette rupture, pierre qui ne tarda pas, fut ramassé puis renvoyé là d'où il venait, créant un beau bleu sur sa nouvelle victime. Le lendemain, elle en vint à donner une gifle à un idiot qui s'apprêtait à lui lancer une insulte. Elle devenait de plus en plus brutale et, à mesure que le temps passait, plus méprisante. Sa morale : « Ils me méprisent, je les méprise en retour. Ils m'agressent, je les agresse en retour. » Mais ils continuaient de la harceler, contents de voir que cela la dérangeait.
« Il faut les ignorer… A la force, ils en auront marre et arrêteront. » Ce fut ce que son père lui expliqua lorsqu'elle se plaignit à lui. Elle essaya donc de les ignorer. Chaque caillou qu'elle recevait ne lui sortait aucune expression de colère. Lorsque les élèves l'insultaient, elle ne semblait pas les entendre. Un croche-patte ? Elle levait le pied pour l'éviter, l'air de rien. Cela semblait marcher à merveille. Pourtant, non. Ce qu'elle rêvait de faire subir aux autres, elle se le faisait subir à elle : elle donnait des coups de poing à ses mains, se cognait volontairement la tête contre un mur, se griffait profondément. Elle voulut se couper à l'aide d'un couteau mais n'osa pas. Son père remarqua qu'elle maltraitait son corps et voulut discuter avec elle : « Voyons, ça ne sert à rien de faire ça… Tu abîmes ton corps, tu subis des douleurs physiques à cause de cela… -Si, répliqua Yuki, c'est très utile de me faire ça. -Pourquoi ? -Ca calme mes souffrances. »
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C'est en essayant la guitare électrique exposée dans un magasin qu'elle découvrit qu'elle savait en jouer comme Inas savait jouer du piano. Elle ne tarda pas à s'acheter une guitare pour ainsi pouvoir y jouer régulièrement.
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Déjà vint la fin de la première année au collège. Les grandes vacances passèrent trop vite à son goût. Et la rentrée revint à grands pas. Dès ce jour, la collégienne reçut des nouvelles insultes. Dès ce jour, elle réutilisa son pouvoir électrique. Se jetant presque littéralement sur un de ses tortionnaires, elle lui injecta une bonne décharge que seul lui put sentir. Ses amis ne comprirent rien lorsqu'ils le virent tomber inconscient sur le sol après avoir poussé un hurlement de douleur. « Mais ça va pas la tête… » fit une voix familière dans le dos de Yuki qui se retourna. Elle reconnut le visage d'Inas qui l'observait de ce regard si méprisable, ce regard que l'on dédiait aux fous et aux assassins. Yuki ravala difficilement sa salive, hésita un moment. Inas, c'était son amie d'enfance. « Tais-toi, où je te fais subir la même chose ! finit par la menacer Yuki. -Vas-y, j'attends. » Mais Inas n'ut aucune décharge, ce qui la fit sourire. Son ancienne amie hésitait. Elle voulait encore la préserver. « Je sais que tu n'oseras pas, dit Inas. Tu ne t'es toujours pas remise de ce jour où je t'ai dit que je ne voulais plus te voir. Tu cherches toujours à croire qu'on peut redevenir amies, comme avant. C'est pour cette raison que tu es faible, jeune sotte. Tu auras beau être la grosse tête du collège, tu resteras faible toute ta vie. » Ces paroles eurent l'effet visiblement voulu : les larmes montèrent aux yeux de Yuki qui baissa la tête, vaincue.
Les jours suivants furent les pires. Encouragés par les dires de Inas, les gens la persécutaient encore plus. Les bousculades, les insultes, les gommes et cailloux, les croches-pattes, etc. devinrent on ne peut plus nombreux. Jusqu'au moment où Yuki se mit à pleurer. Elle en avait marre de ces harcèlements. Un surveillant s'approcha, lui demanda ce qu'elle avait. « Après tout ce temps, vous ne savez donc pas que les gens ne cessent de s'en prendre à moi ?! Non mais vous êtes aveugles ! Vous méritaient tous de crever ! Tous ! Et lorsque cela arrivera, je serais là pour voir, et je rirai de vous comme vous riez de moi. » Le surveillant tapota Yuki dans le dos, l'amena à la vie scolaire pour qu'elle se calme, essayant vainement de la rassurer en lui disant qu'il la comprenait. La collégienne pleura encore longtemps, et rata même un cours avant de retourner avec sa classe, se sentant prête pour au moins terminer sa journée.
Lorsqu'elle revint chez elle, une surprise l'attendait : son père lui avait acheté un ordinateur portable muni d'Internet. « Ainsi, tu pourras surfer autant que tu le souhaites. » Yuki remercia son père avant de se précipiter dans sa chambre, où l'attendait l'ordinateur. En quelques jours, elle plongea littéralement dans Internet et put enfin rêver en paix. Chaque soir était pour elle un moment de pur bonheur pendant lequel elle pouvait fuir le monde et l'oublier. Internet devint une drogue, contre laquelle son père commença déjà à s'opposer. « Mais c'est toi qui me l'a offert ! protesta la collégienne. -Ce n'est pas une raison pour passer des heures entières devant cet écran, rétorqua son père. Si je vois que tes résultats scolaires baissent, ça ira mal. » Yuki leva les yeux au ciel, ce qui lui valut une claque. Surprise, elle porta la main sur sa joue. Cela faisait longtemps qu'elle avait été giflée. « Ne te moque plus de moi ! » siffla son père, d'un ton qui devint tout à coup menaçant et effrayant. A peine ferma-t-il la porte que la jeune fille se mit à pleurer. Personne ne l'aimait, et ça l'énervait. Tout le monde la méprisait. Même son propre père, il semblait. Et elle les méprisait en retour ! Lorsque sa phrase familière ressortit, Yuki se sentit mieux. Ils n'allaient pas l'avoir, ça non ! Elle allait se battre jusqu'au bout ! Et elle mettrait un de ces morveux dans le coma s'il le fallait, pour qu'ils voient à quel point ils la torturaient. La porte s'ouvrit à nouveau, une main apparut, jetant un objet familier. La boîte musicale. Avant même qu'elle ait touché le sol, Yuki avait fait un bon en arrière. Non, pas cette horreur ! La berceuse s'infiltrait dans ses oreilles, détruisant ses tympans. Yuki donna un coup de pied sur la boîte qui alla voltiger plus loin. Elle se précipita alors sur la porte et actionna la poignée pour l'ouvrir. En vain. Elle était enfermée. « PAPA ! » hurla-t-elle. Etait-il fou ou quoi ? La laisser enfermée, avec cette berceuse insupportable ! La saisit un coussin et le jeta sur l'objet, étouffant légèrement le son. Trop peu. Yuki dut se résigner à attendre que la mélodie se terminât, tout en maudissant son père. Quand ce fut bon, elle alluma son ordinateur d'une main tremblante. La porte s'ouvrit pour la troisième fois. Yuki tourna la tête et lança un regard noir à son père qui s'approchait d'elle. Elle l'insulta avant de lui ordonner : « Laisse-moi tranquille ! -Je suis désolé pour ce qui vient d'arriver… vraiment désolé, fit son père. -Oui, bien sûr ! -Je t'assure, Yuki. -Papa, tu t'excuse de m'avoir fait vivre un instant de calvaire et tu me demandes de te pardonner, c'est ça ? -Oui. Et je viens de penser que je dois te parler de quelque chose d'important. » Changement très direct de sujet. Et il parla alors d'une île que peu connaissaient. Une île sur laquelle se trouvait une école de magie. Une école qui serait le nouveau refuge de Yuki. Il lui expliqua qu'une légende nommait l'existence de quatre Divinités : Cybèle, Poséidon, Tiamat et Eole. Chacune protégeait une maison à laquelle elle avait donné son nom. Cybèle abritait des personnes qui possédaient un grand sens de l'observation, qui réfléchissait mais qui agissait peu. Poséidon abritait les élèves froids, fiers et calme. Cependant, les énerver pouvait se révéler être une fatale erreur. Tiamat protégeait ceux qui possédaient un sacré caractère, d'après les mots du père de Yuki, qui ne supportaient pas de rester sans rien faire. C'était à Eole où se réfugiaient les rêveurs, les têtes en l'air, les intellectuels. Chaque Dieu avait son élément : Cybèle était de la terre, Poséidon des eaux, Tiamat du feu, Eole de l'air. « J'ai été à Tiamat. Et c'était une maison qui m'allait bien. Les gens avaient parfois un caractère similaire au mien : air innocent mais caractère offensif. Par contre, je méprisais Poséidon. D'abord parce ce que je n'aimais pas son élément, ensuite parce que les gens y étaient méprisables, et leur dignité était sans-limite. La toucher était une grave erreur, et je n'ai pas mis beaucoup de temps pour m'en apercevoir et en tirer une belle expérience. » Yuki avait ravalé sa rage et buvait les paroles de son père, bien qu'elle ne les crût pas. Une école de magie cachée au fin fond d'une île ? Quelle idée saugrenue ! Il n'empêchait que ce récit était fort intéressant. Et qu'une question tournait dans la tête de la jeune fille. « Papa ? -Oui ? -Dans quelle maison serai-je si je vais dans cette école ? » Un long silence suivit cette question. Le père réfléchit un long moment avant de répondre enfin. « Je ne sais pas. Tu es très douée en cours, et j'ai remarqué que tu rêvassais beaucoup, caractéristiques te menant à Eole. Mais tu es froide, même envers moi, et tu détestes que l'on t'insulte, ce qui provoque de réactions inattendues, caractéristiques de Poséidon. Tu as aussi une sacrée personnalité qui t'emmènerait tout droit à Tiamat. Vois-tu, je ne sais pas dans quelle maison tu pourrais aller. Je pense seulement que Cybèle n'est pas pour toi. A moins que je ne me trompe. »
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Chaque fois que Yuki se souvenait de sa boîte à musique, elle frissonnait de frayeur. Elle ignorait pourquoi, mais cette berceuse lui faisait vraiment peur. Ce ne fut que quelques semaines plus tard qu'elle se rappela, soudainement. Elle revit l'image floue de la scène, elle revit le sang et ressentit son goût. Et elle comprit. Mais pas de précipitation. Il lui fallait d'abord contrôler au moins son pouvoir électrique. Or, ce n'était pas fameux du tout. Elle passa près d'une semaine à s'exercer.
Mais elle ne voulut attendre plus longtemps, ne supportant pas l'idée de côtoyer son père après ce qu'elle venait d'apprendre. « Tu l'as tuée ! » Aucune surprise ne se lit sur le visage de l'homme qui, lentement, planta son regard dans celui de sa fille. D'une voix froide, il répondit avec un calme étonnant : « Je vois que tu t'en souviens. Je ne pensais pas que ce serait possible, mais j'avais un doute, qui vient d'être confirmé. Oui, Yuki. J'ai tué ta mère. » Ce fut comme un coup de massue. Aucune peine, aucune crainte, rien. Ca en était terrifiant. Après avoir pris son courage à deux mains, Yuki focalisa son énergie sur ses mains, tout en cherchant à gagner du temps. « Pourquoi as-tu fait cela ? demanda-t-elle d'une voix sifflante. -Tout simplement parce qu'elle présentait un danger pour moi. -Fou ! -N'est-ce pas ainsi que te traitent les autres collégiens ? » Cette remarque coupa net le courage de Yuki. Oui, dans toute la liste d'insultes, le mot « folle » s'y trouvait. Mais elle n'était pas folle, car elle n'avait tué personne. Son père, si. « A présent que tu connais la vérité, je dois te tuer car tu es trop dangereuse. Tu ne seras pas une grande perte, alors ça ira. » Quoi ? La tuer ? Hors de question ! Par instinct de survie peut-être, Yuki focalisa à nouveau sa magie électrique dans ses mains et l'envoya vers son père. Un pas de côté lui suffit pour éviter le jet de magie. Il sortit la boîte à musique de sa poche, tourna rapidement le moulinet et laissa la berceuse sortir. Yuki plaqua aussi ses mains sur ses oreilles, son cœur se remit à battre la chamade. Son père esquissa un sourire ravi puis s'approcha de la jeune fille qui poussa un petit cri terrifié. Mais pourquoi avait-elle si peur de cette mélodie ? Comme pour répondre à sa question, les images revinrent. Elle entendait toujours la mélodie. Et elle comprit. La mélodie accompagnait les images, se liait à elles. Elle devait arrêter d'avoir peur. Décollant ses mains de ses oreilles, elle se jeta sur son père tout en électrifiant ses membres. Un coup de pied bien placé l'envoya rouler un peu plus loin. Elle en resta le souffle court. Son père lui saisit les cheveux et les tira. Elle sentit la pointe d'un couteau sur sa nuque. Ah non, elle ne devait pas en finir là ! Elle regarda autour d'elle, immobile, cherchant désespérément un objet qui pourrait lui être utile. Rien qui pouvait être à porté de main. Mais elle réalisa qu'elle se trompait : son père tenait ses cheveux d'une main, un couteau d'une autre. La boîte à musique devait donc se trouver par terre, tout proche en se fiant à la mélodie. Yuki souffla un bon cou alors que la pointe du couteau ne la touchait plus. Son père se préparait-il à le lui planter ? Elle n'avait aucune envie de le sentir. Elle saisit ses cheveux d'une main et se précipita en avant. La chevelure glissa de la main du père et la jeune fille se retrouva libre tandis qu'il fut déséquilibré en arrière. Elle en profita pour saisir sa boîte à musique et la jeter sur sa tête. Il s'affala sur le sol tandis que du sang tachait le sol.
Le boîtier se tut et se mit à briller. Septique, Yuki le saisit et l'observa. La lumière augmenta quand elle entra en contact avec l'objet. Un regard vers son père et elle s'enfuit, enfermant son père dans sa chambre, pour observer la boîte entre ses mains avec plus d'attention. Elle se mit alors à léviter à quelques centimètres des mains de la jeune fille qui fronça les sourcils. Elle était bien obligée de croire en la magie, mais il lui était étrange de voir un objet léviter entre ses mains. Etait-ce son second pouvoir ? L'objet produisit une lumière avant de changer de forme. A présent, il ressemblait à un œuf lumineux dont la fente qui l'entourait en sa moitié laisser penser qu'il pouvait s'ouvrir. Pourtant, Yuki n'y parvint pas. Déçue, elle écarta ses mains et l'objet tomba par terre. Elle le ramassait, le tenant fermement, quand elle entendit des coups violents frappés à la porte de sa chambre. Son père s'était réveillé ! Affolée, la jeune fille se précipita dans un placard pour s'y cacher, mettant sa boîte en forme d'oeuf dans sa poche. La porte fut défoncée, des pas se firent entendre dans un couloir. Yuki mit sa main sur la bouche pour ne pas faire du bruit en respirant, et dut patienter. L'attente fut insupportable. A chaque instant, l'adolescente craignait de voir son père ouvrir la porte du meuble. Ce qui n'arriva pas. Elle finit par entendre la porte de l'entrée s'ouvrir puis claquer. Son père était sorti… Enfin ! D'une main tremblante, elle poussa la porte du placard et sortit de sa cachette. Elle tourna lentement la tête à droite, puis à gauche. Personne. Elle alla dans sa chambre et s'assit dans son lit. Ce ne fut qu'à ce moment qu'elle s'autorisa un soupir de soulagement. Elle était libre pour quelques minutes. Il fallait qu'elle réfléchisse à quoi faire. Un plan qui allait coincer son père. Elle saisit l'objet à la forme d'oeuf. Sauf qu'il n'avait plus cette forme : il avait repris son initiale, celle d'une vulgaire boîte à musique. C'est alors que Yuki comprit. *Une illusion.*
Lorsque son plan fut dressé, elle se précipita vers la porte d'entrée pour sortir. Devant s'y trouvait son père, un large sourire aux lèvres. Il brandissait un revolver pointé vers Yuki qui s'immobilisa, surprise. Elle ne l'avait pas entendu rentrer ! A moins que… Oui. C'était un piège. Il avait fait mine de sortir, mais était resté pour attirer l'adolescente hors de sa cachette. Et la jeune fille s'était complètement fait avoir ! « Pas aussi maligne qu'intelligente. » fit remarquer le père. Yuki se surprit à garder tout son calme. Elle n'allait pas céder à la panique, ça non. Elle regarda son père puis lui répondit d'une voix tranquille : « Tu as raison, je suis tombée dans ton misérable piège, assassin. -Je suis un assassin, et alors ?! répliqua-t-il d'un regard foudroyant. Je n'ai fait qu'un seul meurtre pour sauver ma propre vie. Toi, tu as agressé des gens seulement parce qu'ils te harcelaient. -Seulement, dis-tu ? Et bien voilà, je te dresse un marché. Tu abaisse ton arme et me laisse la vie. Ainsi, je te poursuivrai et te harcèlerai jusqu'à ce que tu meures. Et tu verras que la mort te soulagera du poids de la vie. -Espèce de malade ! s'emporta le père. Tu crois vraiment que je vais courir ce risque ? Idiote que tu es ! » Sur ce, il pressa la détente de son revolver. Puis sentit un objet pointu sur son dos. « Maintenant, c'en est fini. » fit une voix derrière elle. Le père poussa un cri d'horreur avant de s'affaler sur le sol.
Aussitôt, la porte d'entrée s'ouvrit à la volée et des policiers pénétrèrent dans la pièce et pointèrent aussitôt leurs revolvers vers Yuki qui les regarda sans aucune émotion. « Regardez ! » fit l'un d'eux. Ils baissèrent le regard vers l'homme affalé sur le sol. L'adolescente le regarda à son tour avant de dire d'une voix sans émotion : « Le sang de cet homme coule dans mes veines car il a participé à ma production. » Les policiers la regardèrent un moment, l'un d'eux remarqua l'arme de l'homme, l'autre le couteau que tenait la jeune fille. Les deux objets finirent dans des sacs en plastique. Plus tard vinrent l'ambulance qui alla chercher le père. A ce moment-là, les policiers emmenèrent sa fille qui ne s'y opposa pas le moins du monde. De toute façon, elle savait que son père était dans un coma profond qui avait très peu de chance de guérir, à moins qu'il ne soit déjà mort.
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« Non mais t'as vu comment elle nous regarde ? -T'as raison. Elle va pas bien, c'est sûr. » Oui, le regard de Yuki avait beaucoup changé en un seul coup. Ses yeux autrefois expressifs et souvent humides étaient à présent vides de toute émotion, tout comme sa voix. Aussi étrange que cela puisse paraître, les gens cessèrent peu à peu de la harceler, à cause de ce regard. On voyait très souvent la jeune fille lire un livre. A la moindre occasion, elle enfilait ses lunettes et dévorait les ouvrages. L'élève était passé du rang de l'intelligente à celui de la surdouée : ses notes avaient grimpé et sa moyenne était étonnamment élevée. Lorsqu'elle arriva au lycée, ses nouveaux professeurs pensèrent à lui faire sauter une classe. On lui donna des exercices du niveau supérieur. Les résultats furent satisfaisants. La lycéenne sauta donc une classe, chose qui arrivait très rarement à ce niveau de la scolarité. Puis elle partit. L'on crut d'abord à une simple absence. Absence qui se prolongea plusieurs jours. On appela la famille d'accueil de la jeune fille qui, aussi étonnée que le lycée, dirent ne plus avoir vu la jeune fille. Les policiers la recherchèrent un long moment, mais ne la retrouvèrent pas. Elle avait tout simplement disparu. L'on s'aperçut alors que le premier jour de sa disparition était celui de son anniversaire.
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