Je l’ai rencontrée en même temps que Wang-sensei. Elle a été la première cible de celle-ci, d’ailleurs. Voir son tee-shirt blanc maculé d’une belle tâche rouge l’a mise de bien mauvaise humeur, et elle s’est mise à crier comme une idiote entourée de gens encore choqués par ce qui ressemblait au premier coup d’œil à du sang. Quand Wang m’a prise pour sa complice, l’élève nous a repérées et est venue avec la ferme intention de nous donner une bonne leçon. Je ne lui en pas laissé le temps. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai été emplie d’un plaisir mauvais de voir une peinture de ma création couler lentement de sa chevelure rosée. Un sadisme, peut-être ?
Elle a accepté avec joie de s’allier avec Wang-sensei contre moi. Le petit jeu que nous avons fait toutes les trois étaient distrayant.
C’est ensuite que la situation s’est corsée, quand Rees a commencé à me traiter comme une poupée, me secouant dans tous les sens, m’étouffant dans ses bras, hurlant à mes oreilles des millions de mots. C’est une fille qui parle énormément, trop à mon goût. D’abord épuisée, je me suis ensuite sentie exaspérée. Un bout de scotch, une phrase d’attaque, et la furie s’est mise à pleurer, a commencé à bouder. Nous nous sommes plus ou moins « réconciliées », grâce à Wang-sensei.
Mais revoir et, surtout, réentendre cette élève à chaque fois que je la croisais (notamment à la sortie…) était pour moi une véritable douleur. Les gens ont tendance à ne pas comprendre pourquoi je me protège comme je le fais, ne montrant aucune émotion. Je ne comprends pas comment ils font pour parler en excès.
Wang-sensei l’a bien dit, Rees et moi sommes deux contraires comme le blanc et le noir.
Rees a aussi tendance à être bien trop crédule et s’imagine des scénarios incroyables auxquels elle croit parfaitement. Par exemple, elle est persuadée que Wang-sensei est une extra-terrestre, simplement parce que celle-ci l’a dit pour plaisanter. Peut-être l’élève devrait-elle faire une différence entre la réalité et l’imaginaire ?
Je donne une bonne quantité de défauts à cette furie, mais j’envie quelque chose en elle. Elle se comporte comme un enfant, possédant jusque cette naïve et paisible innocence que la plupart de ces petits ont. Enfermée dans des croyances ridicules, ayant un trop grand besoin de parler, elle semble toutefois vraiment être quelqu’un qui vit sans vraiment voir le côté sombre de notre monde. Comme une enfant. |